Désir d’enfants

J’ai voulu des enfants.
Je n’en veux plus.

Voilà je pense LE sujet qui risque de poser problème dans mon couple dans les années à venir.
Depuis une grosse vingtaine d’années j’ai clamé haut et fort que même si j’étais gay, je voulais des enfants. Que je ne voyais pas le problème, que j’avais le même amour à apporter à un enfant, les mêmes capacités que les autres, si ce n’est plus vu le combat que j’allais devoir mener pour avoir une descendance.

Oui mais voilà, il y a deux ans, j’ai commencé à douter de tout cela. Au départ, je n’ai pas douté de moi, mais des autres. Je me suis rappelé comme j’avais souffert de ma différence à l’école, au collège, au lycée. Une différence que je n’avais pas choisie, mais que j’étais obligé de vivre tous les jours. Et je me suis dit « veux-tu imposer une différence à un enfant? ». Mes parents n’ont pas choisi que je sois différent. Mais en tant que parent en devenir, j’ai le choix : avoir un enfant et lui imposer une différence (celle d’avoir deux papa) ou ne pas imposer de différence et renoncer à mon désir d’enfant.

La question était claire : pourrais-je supporter de voir mon enfant rentrer le soir en pleurant parce qu’on s’est moqué de lui? Parce qu’on l’a tapé? Pourrais-je supporter la culpabilité d’avoir voulu aller au bout de mon désir d’enfant à ce moment là?

Je crois que la réponse est non. Parce que dans ma tête, ce sera moi le coupable du malheur de cet enfant.
Evidemment, ce n’est pas le cas. Les responsables, ce sont les homophobes ordinaires, les messieurs et mesdames tout le monde qui estiment qu’un couple gay ou lesbien ne peut pas avoir d’enfants. Ce sont les gens qui mettent dans la tête de leurs enfants que les homosexuels doivent brûler en enfer et si possible, avant sur terre.
Certes.
Mais j’ai justement la possibilité d’éviter tout ça à cet hypothétique enfant. En décidant de ne pas en avoir.

Et le dilemme toujours. Parce que si l’on veut un jour que les homosexuels puissent vraiment avoir des enfants comme tout le monde, alors il faudra bien que certains le fassent malgré tout au début.

Avec les années, je me suis réfugié derrière d’autres arguments qui parfois, à force de les répéter, me paraissent être acceptables. Que les enfants ça prends du temps, ça coûte cher, c’est pour la vie, c’est une énorme responsabilité, etc. En l’espace de deux ans, j’ai officiellement complètement changé d’avis sur la question. Je n’en veux plus. Au fond de moi pourtant, si j’avais la certitude qu’il ne subirait pas ces brimades, au moins celles là que je peux lui éviter, alors j’aurais toujours le désir d’un enfant.

En attendant, Nick lui en veut un. On s’est déjà disputé plusieurs fois à ce sujet. Et je sais qu’un jour ou l’autre, malgré tout l’amour qu’on a l’un pour l’autre, cette question risque de nous faire très mal.

Mon vœu pour cette année 2010 (je n’en avais pas encore fait…) : que les gens ne tolèrent pas la différence des autres, mais qu’ils l’acceptent. Tolérer n’est pas suffisant.

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4 Réponses to “Désir d’enfants”

  1. Zéro Janvier Says:

    J’ai vu ce billet apparaître et disparaître depuis deux ou trois jours, sans pouvoir le commenter. Maintenant qu’il semble publié pour de bon, je ne sais plus quoi dire.

    Ah si, tout de même. Je ne veux pas non plus d’enfant, mais pas pour les mêmes raisons que toi. Je ne me sens tout simplement pas capable de porter la responsabilité de l’éducation et de la vie d’un enfant. Je ne suis pas capable de porter cette responsabilité sur mes épaules.

    Choubidou voudrait des enfants, tout comme Nick pour toi. Mais je crois qu’il a conscience qu’il n’en aura pas l’occasion car la société ne lui permettra pas, quoi que j’en pense. C’est donc moins une difficulté pour notre couple que pour lui en particulier.

  2. Le lobby gay « PascalR de rien Says:

    […] La fin d’une petite histoire – Désirs d’enfants […]

  3. Penthésilée ou Sappho ? Says:

    Salut lucasmatho !

    Et bien, moi et ma compagne sommes dans le contraire et ça commencera à être une réalité début août quand notre petite Chloé arrivera.

    Je comprends parfaitement tes doutes, nous les avons vécus pendant des mois, revenant en arrière sans cesses à chaque fois et le principal argument de ce retour en arrière est bien celui que tu développes: A-t-on le droit de faire porter à notre enfant le poids de ce que sont ses parents.

    Nous avons rencontré de nombreux parents homos dans notre parcourt pour nous informer et voir ce que pourrait être l’avenir.
    Pour certains, c’était assez facile, pour d’autres moins, mais toujours l’amour de cet enfant était là et ce sont des parents voulant le mieux pour eux que nous voyions à chaque fois.

    Ce qui nous a décidé est de voir un reportage sur une femme rongée de l’intérieur de ne pas avoir réussi à avoir eu un enfant. Elle n’était pas lez, mais bien hétérotte, mais ce n’était plus que l’ombre d’une femme, aigrie de ne pas avoir eu ce bonheur.
    Là, la première chose qui nous est passé dans la tête à nous deux est que nous ne voulions pas ça pour l’autre.

    L’argument de différence aussi est tombé. Nous ne sommes pas responsables de la haine qu’éprouvent les autres envers nous, nous ne sommes coupable de rien. Selon le milieu, d’autres choses pourraient être dirigées vers l’enfant, parce que noir, gros, juif, beur, petit, grand, handicapé ou toutes les discriminations que l’humanité peut inventer.

    Nous ne sommes pas niaises non plus, nous savons que ça arrivera à un moment ou un autre, mais c’est là que nous nous battrons comme deux lionnes, l’une passant à l’attaque pendant que l’autre protège les petits, nous relayant dans leur défense.
    Ca sera aussi à nous d’armer nos enfants comme nous nous sommes armées pour résister.
    Nous ne permettrons pas à des imbéciles haineux de nous transformant d’amoureuses en femmes aigries et nous serons leur terreur si la volonté de nuire à nos enfants pour nous toucher leur venait.
    Nous, ce n’est pas grave, nous sommes blindées avec ce que nous avons déjà pris dans la poire, mais nous serons prêtes à tout contre ceux qui voudraient s’en prendre à nos petits, quitte à bousiller l’avenir de leur propres enfants, car c’est eux qui auront décidé de les mettre dans le circuit.

    Nos enfants seront heureux, nous ferons tout pour que ça soit ainsi.
    Leurs deux mamans lionnes seront là, aimantes et protectrices.
    Nous espérons que ça ne doive pas en arriver là, ça en arrive rarement à ce niveau, mais nous y sommes prêtes si il faut.

    Si une de nous se faisait violer et soit enceinte suite à ça, les mêmes imbéciles haineux voudraient que nous n’avortions pas.
    Hors de question de se faire dicter sa conduite par des minables qui feraient mieux de s’intéresser à leurs propres actes.

    Ceux qui sont en tort, c’est eux, pas nous. Les êtres ignobles et nuisibles, c’est eux, pas des gens qui s’aiment et qui veulent vivre leur vie normalement.

    Alors, je ne sais si ce que j’ai écrit jusque là te fera changer d’avis, mais je sais au fond de moi que dans quelques décennies si le monde change comme il a changé depuis que je suis née, il n’y aura plus le moindre soucis à ce que des homos soient considérés comme des parents normaux.
    Le temps passe, le temps qu’ils grandissent, nos enfants connaitront une situation plus favorable encore que maintenant.
    Je suis confiante en l’avenir, car je sais qu’avec ma compagne et moi, nos enfants seront heureux et fiers de qui ils seront.

    Bises,

    Roxane, la lionne gasconne qui aime une lionne andalouse. 😉

  4. Céline Says:

    Je suis beaucoup touchée par ton post et je m’apprêtais à commenter quand j’ai lu Roxane… Je suis d’accord à 100 % avec elle…

    Bon, moi, j’suis hétérotte, et ça me bouffais de ne pas être maman… J’ai eu beau faire semblant que c’était chouette d’être deux, qu’on pouvait faire de chouettes voyages, faire l’amour quand on veut sur le carrelage de la cuisine (RF: « Quand Harry rencontre Sally ») etc.. etc…
    Et tout ça est vrai et je suis heureuse d’avoir profité de mon couple pendant 9 ans en tête à tête… Mais j’ai l’impression de renaître depuis un an que je suis maman, enfin…
    Nous avons adopté des jumelles, de magnifiques fées, venues nous inonder de bonheur contagieux…
    Nous nous sommes posé la question du regard des autres, de la discrimination, nous aussi, puisque nos filles sont aussi noires que mon mari est caucasien et que je suis typée andalouse…
    C’est pourquoi, initialement, j’allais te donner les mêmes arguments que Roxane:

    « L’argument de différence aussi est tombé. Nous ne sommes pas responsables de la haine qu’éprouvent les autres envers nous, nous ne sommes coupable de rien. Selon le milieu, d’autres choses pourraient être dirigées vers l’enfant, parce que noir, gros, juif, beur, petit, grand, handicapé ou toutes les discriminations que l’humanité peut inventer. »

    Je ne dirai pas mieux…
    Mais la vie des enfants, c’est ça… S’affronter au monde et grandir…
    Ils vont rentrer de l’école en maudissant leur lunettes, leur appareil dentaire etc.. etc… Tout ce qui fait leur différence, à l’âge où ils n’aspireront qu’à être semblables…
    Mais les parents, sont là pour les soutenir et leur apprendre à dompter leur individualité, la différence qui fait leur essens…

    Voilà… Juste un mot qui se veut tendre pour vous dire qu’il y a des cons partout, c’est sûr, mais pas que des cons…
    Qu’on a qu’une vie et que si la parentalité est nécessaire à la votre comme elle l’est à la mienne, à la votre allez y, bon sang!!!!!

    Bises

    Céline Rimet

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