Posts Tagged ‘pression’

Lettre à un disparu

mai 11, 2010

Bonjour M.

Aujourd’hui, cela fait un an que tu as décidé de t’en aller. J’ai beaucoup, beaucoup pensé à toi durant cette année. Certainement pas autant que tes parents et ta famille bien sûr, mais très souvent.

Un an que tu es sorti de nos vies.
Je me souviens quand je t’ai rencontré pour la première fois. Tu avais l’air d’un jeune homme timide. Et tu l’étais d’ailleurs, en tous cas au travail.

Tu étais surtout perdu. Je me suis retrouvé dans beaucoup de ce que tu disais. Ca m’a d’ailleurs fait un peu peur il y a un an.

Je me souviens que quand nous discutions, tu disais que tu avais choisi ce métier par défaut. Qu’il ne t’intéressait pas particulièrement. Mais qu’au fond, même si tu avais eu le choix, tu ne sais pas vraiment ce que tu aurais voulu faire. Tu disais que ce monde te semblait un peu fou. Et tu n’arrivais pas à comprendre comment une collègue comme Amélie puisse arriver à dire que son bonheur, c’était de lire un livre pendant une demie heure, une fois sa journée de boulot fini, le repas prêt, les enfants couchés. « Une demie heure? Comment peut-elle dire qu’elle est heureuse? Elle n’a qu’une demie heure à elle par jour? ».

Tu ne comprenais pas pourquoi les gens courent tous après le schéma boulot-famille-maison alors que tous sont malheureux lorsqu’ils ont cela.

A cette époque, quand nous parlions, il y avait un échange. Nous rigolions tous ensemble dans le bureau.

Et puis, tout a changé. On ne t’a pas laissé beaucoup de temps pour maîtriser ton poste. Et toi qui jusque là avait réussi sans trop d’encombre ton parcours, tu as buté. La seule chose que tu avais l’impression de maîtriser a vacillée. Sans doute la chose qui te permettait d’avoir l’impression d’être comme les autres.

Je ne vais pas me permettre de juger si on t’a trop mis la pression ou pas. Ce n’est pas mon rôle. Le fait est que tu as souffert. Et qu’un jour…

Et qu’un jour, le 11 mai 2009, l’absurdité du monde t’as paru trop lourde. Ton travail t’a paru trop malsain. A tel point que tu n’as tout simplement pas pu te mettre au volant pour te rendre jusqu’à ton lieu de travail.

A la place, tu as refermé la voiture et certainement suite à une énième bouffée d’angoisse face à tout cela – la bouffée de trop – tu as décidé que la vie dans ce monde là n’était plus supportable.

C’est peut-être ce qui m’a fait le plus souffrir dans ton geste. C’est que j’ai peur que ce ne soit pas une décision apaisée. Et l’idée que tu aie pu faire ça en te sentant si seul, si incompris, si angoissé, me bouleverse et me donne envie de pleurer. Même après une année entière.

Ici, les choses n’ont pas vraiment changées. Ce monde va toujours aussi mal et au travail, des leçons n’ont pas été tirées. J’espère en tous cas que là d’où tu es maintenant, les choses sont plus simples et ont plus de sens.

On ne t’oublie pas.

Publicités